Les écrans : un danger moderne pour les enfants ?
- Johana Delesalle
- 8 janv. 2022
- 11 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 mars 2022

Aujourd'hui je vais parler d’un sujet important : les écrans. Nous sommes nombreux à les utiliser et désormais dès le plus jeune âge. En consultations psychologiques, la question des écrans est devenue centrale c'est un thème qui est à aborder systématiquement. En effet, j'ai rapidement compris qu'ils sont de plus en plus utilisés et surtout, de plus en plus tôt.
Alors quelle place ont les écrans au sein des foyers ? Dans quels buts sont-ils utilisés ? Et surtout quels sont leurs effets sur le cerveau ?
Cet article sera centré sur l'utilisation des écrans et le développement de l'enfant. Cependant, je vous invite à réfléchir quant à votre propre utilisation des écrans en tant qu'adulte (fréquence, effets, but recherché, etc.).
Les écrans au sein des foyers : quelle place occupent-t-ils ?
" Jamais l’homme n’a disposé d’autant d’écrans, non seulement pour regarder le monde, mais pour vivre sa propre vie. "
Gilles Lipovetsky, Jean Serroy
Partons de quelques chiffres : 93,4% des foyers équipés d’un téléviseur, 73,6 % des individus de 11 ans et plus ont un smartphone, 85,4 % de foyers sont équipés d'un ordinateur et 48,2 % d'une tablette. Au-delà des pourcentages importants, il faut noter que ces écrans sont parfois présents de façon simultané dans le foyer. En effet, selon le conseil supérieur de l’audiovisuel il y a en moyenne 5,5 écrans par foyer.
Le problème n'est pas tant le nombre d'écrans présents, mais surtout le temps qu'on y passe. Selon IPSOS/Junior Connect’ 2017, le temps moyen passé par semaine sur internet par les enfants âgés de 1 à 6 ans est de 4h30.
Catherine Gueguen rapporte qu'en France les enfants sont 900h à l'école par an et 1200h par an sur les écrans. Ainsi les enfants passeraient davantage de temps devant des écrans qu'à l'école.
Pourquoi les écrans sont-ils mis à disposition des jeunes enfants ?
Les écrans sont utilisés pour plusieurs raisons par les parents. Cependant, lorsqu'on s'intéresse aux besoins de l'enfant, qu'ils soient physiologiques (dormir, manger, etc.) ou psychologiques (besoin d'interactions, de proximité physique, etc.), on se rend compte que les écrans ne permettent pas vraiment de subvenir aux réels besoins des jeunes enfants.
Certains pensent que cela éveil l'enfant, qu'il va apprendre des choses. Cependant, pour apprendre un enfant à nécessairement besoin d'expérimenter : les différences de textures, d'odeurs, de formes, de poids ; Ce sont tout autant de choses que les écrans n'offrent pas. En outre, comment l'enfant pourrait-il comprendre certaines lois physique (comme la gravité par exemple), s'il n'essaie pas d'empiler des cubes et de les voir tomber, de lancer une balle et de se rendre compte qu'elle tombe systématiquement au sol ?
Il existe également une idée populaire selon laquelle un enfant pourrait apprendre le langage grâce aux écrans. Cependant cela est faux. Plusieurs études scientifiques l'on démontrées, l'être humain doit nécessairement interagir avec ses congénères pour apprendre le langage. Il est donc inutile de mettre votre enfant devant divers dessins animés en langue étrangère dans le but qu'il en apprenne quelque chose, c'est en parlant avec vous ou un autre être humain qu'il apprendra le mieux. En effet, dans l'apprentissage du langage, l'enfant passe par plusieurs étapes. Parmi celles-ci, il a notamment besoin de toucher la bouche de l'adulte et de regarder comment ce dernier place sa langue et comment il bouge ses lèvres pour reproduire des sons et des mots. De plus, comment l'enfant pourrait-il être corrigé par un écran ? Par exemple imaginons veuille répéter un mot, mais qu’à la place il en prononce un qui n’a rien à voir. Ce n’est pas l’écran qui va pouvoir lui indiquer qu’il ne s’agit pas du bon mot, mais bien vous. Et enfin, aucun programme (même ceux qui sont dit "adapté") ne peut ajuster leur bande-son à l'état psychologique de votre enfant (rapidité, articulation, intonation, etc.). De même du côté de l’enfant, il n’apprend pas non plus à s’ajuster à l’autre avec un écran, ni à entrer en relation.
Vous l'aurez compris, pour ce qui est de l'apprentissage du langage grâce aux écrans, on repassera !
Pour illustrer le besoin d'expérimentation de l'enfant et les limites des écrans, je vais vous relater une petite anecdote qui m'a été racontée il y a quelques années. Un jour, une petite fille et sa mère ont étés reçues en consultation. En voulant aller aux toilettes, la petite fille se mit devant la porte de la salle de consultation pour sortir. Elle prononce alors "open", et attendit devant la porte, une nouvelle fois "open". Elle attendait que la porte s'ouvre toute seule. Pourquoi ? Après avoir vu plusieurs fois à la télé la porte s'ouvrir lorsque le personnage de dessin animé prononçait le mot "open" (ouvrir en anglais), elle avait transposé cette situation virtuelle à la réalité. Le problème c'est qu'en réalité la porte ne s'ouvre pas seule quand on dit "open", mais pour le comprendre faut-il réussir à différencier ce qui est virtuel de ce qui est réel. Peut-être que cette anecdote vous aura fait sourire, cependant il me semble qu'elle cache une triste réalité.
Par ailleurs, au-delà de l'aspect éducatif que peuvent représenter les écrans, ils sont parfois utilisés comme "baby-sitter". En effet, on voit un bon nombre de parents qui se sentent parfois dépassés, épuisés ou qui ne sont pas disponibles pour répondre aux sollicitations de l’enfant. Dans ce cadre, il arrive très souvent que le parent mette l’enfant devant l’écran afin de pouvoir souffler un peu ou qu’il puisse faire ses tâches sans être dérangé. Il est vrai que l'enfant est tellement envouté par l'écran qu'il est plus rare qu'il ait besoin de solliciter l'adulte.
Aussi, cela paraît être un allié pour les parents puisqu'il semble calmer assez bien l'enfant. Mais l'écran calme-t-il réellement l'enfant ? Concrètement, que se passe-t-il dans son cerveau ? Certains chercheurs dont le docteur Mulholland, démontre grâce à ses expériences que lorsqu'un téléviseur est regardé, le cerveau se met à produire des ondes alpha, ce qui signifie une légère léthargie du cerveau. C'est pourquoi, devant un écran l'enfant va produire des ondes cérébrales similaires aux ondes de relaxation légère. Ainsi, il va paraître très calme. Mais derrière ce calme se cache une forme de danger.
Le calme avant la tempête : Pourquoi les écrans représentent-ils un danger pour le développement de vos enfants ?
Actuellement, il existe de nombreuses études sur le sujet. Globalement, elles s'accordent à dire que les écrans ont des effets négatifs sur différents aspects du développement de l'enfant.
Précédemment, j'ai évoqué l’inefficacité des écrans pour apprendre le langage. Ici, je vais même aller plus loin : les écrans peuvent retarder l'arrivée du langage. On ne compte plus le nombre d'études qui ont démontrées le lien entre le temps passé devant les écrans chez les jeunes enfants et un retard notable sur le développement langagier. Vous l'aurez compris, c'est avec ce que j'ai expliqué précédemment (ajustement, nécessité d'interactions réelles, etc.) qu'on comprend pourquoi un enfant qui passe trop de temps devant les écrans, développe moins de vocabulaire et parle plus difficilement.
Par ailleurs, le lien entre les écrans et le sommeil a été établi : les écrans sont dotés d’une lumière bleue. Celle-ci va (notamment) empêcher le cerveau de comprendre que la nuit tombe (diminution des rayons du soleil), de ce fait, celui-ci n'aura pas le signal qui lui indique quand produire la fameuse hormone du sommeil : la mélatonine. Ainsi le sommeil, tant dans sa qualité que dans sa quantité, sera perturbé par la présence des écrans. Or, le sommeil joue un rôle primordial sur la santé somatique, émotionnelle et cognitive.
De plus, les écrans ont également un effet sur l'attention des enfants. Cet effet est encore plus notable lorsque l'enfant est exposé aux écrans avant ses trois ans. En effet, les chercheurs ont établi un lien entre l'exposition aux écrans et des difficultés d'attention.
Enfin, l'utilisation des écrans influence la réussite scolaire. En effet, plus un enfant passe de temps devant le téléviseur et moins ses performances scolaires sont élevées.
Si on reprend l'ensemble des effets qu'ont les écrans sur le développement, on comprend le lien qui peut exister entre eux. En effet, comme nous l'avons dit, les écrans perturbent le sommeil, et qui dit moins bonne qualité de sommeil et moins d'heures de sommeil, dit plus de difficultés d'attention : avez-vous déjà fait l'expérience de devoir rester concentrer au travail toute la journée en ayant passé une mauvaise nuit de sommeil ? C'est difficile. Et donc, qui dit difficulté d'attention, dit répercussion sur les performances scolaires : comment écouter, comprendre et apprendre quand il est difficile de se concentrer et de rester attentif ?
Un écran allumé en présence d'un enfant de moins de 3 ans, même lorsqu'il ne le regarde pas, a des effets négatifs sur son développement. En effet, plusieurs études ont démontré que lorsque l'enfant se trouve dans une pièce ou un écran (surtout la télé) est allumé, cela dissipe son attention focalisée. De ce fait l'écran va perturber le comportement de l'enfant dans son jeu.
Comment utiliser les écrans dans notre quotidien : Quelques recommandations.
Ici, j'énoncerais les recommandations existantes en vous mettant les liens que j'ai utilisé.
1. La règle des 3-6-9-12 développée par Serge Tisseron, à destination des parents. (Plus d'informations sur : https://www.3-6-9-12.org/les-balises-3-6-9-12/)
• Avant 3 ans : "Jouons, parlons, arrêtons la télé"
Comme je l'ai expliqué précédemment, que ce soit pour le langage, pour la concentration, pour la motricité, ou d'autres aspects du développement, l'enfant a besoin d'expérimenter pour se développer. Les écrans, surtout avant trois ans prennent la place des temps de jeu, de discussion et de partage que l'enfant a besoin pour son développement.
Le conseil donné par les experts : "Ne laissons jamais un enfant devant un écran, ou dans une pièce où un écran est allumé. Mais cela n’empêche pas de jouer de temps en temps avec lui en utilisant une appli amusante, mais c’est sur une période évidemment courte, et toujours en usage accompagné."
• Entre 3 et 6 ans : "limitons les écrans, partageons-les, parlons en famille"
Durant cette période l'enfant va renforcer ses apprentissages et aussi développer son autorégulation. L'enfant n'est pas encore assez grand pour avoir du recul sur ce qu'il voit au travers des écrans et n'est pas en capacité de se limiter seul. Ainsi l'adulte à un rôle majeur dans l'utilisation des écrans : les contenus visionnés par les enfants de cet âge doivent nécessairement être partagés avec un adulte afin de pouvoir échanger sur ce qui est vu, y mettre du sens et rendre l'enfant actif dans le visionnage des écrans. Egalement, l'adulte à un rôle de régulateur, c'est à lui de limiter l'enfant dans l'utilisation de l'écran.
Le conseil des experts : "Partageons des temps d’écran avec notre enfant, et parlons avec lui de ce qu’il voit et fait avec eux." ; "30 min à 3 ans et jusqu'à 1h maximum par jour pour les enfants âgés de 6 ans".
• De 6 à 9 ans : "créons avec les écrans, expliquons-lui Internet"
Avant cet âge, il est fortement déconseillé d'acheter à l'enfant un outil numérique personnel, les écrans doivent être ceux qui sont pour toute la famille afin de mieux gérer leur utilisation.
Tout en veillant à ce que l'enfant continue d'avoir une majorité d'activité hors écran, il est possible de fixer des temps d'écrans et d'apprendre à l'enfant à répartir ces temps (choisi par un adulte) dans la semaine/la journée. Cependant attention, il y a des moments clé de la journée où les écrans sont à éviter (Voir le paragraphe 2.). A cet âge, on peut commencer à monter à l'enfant ce qu'il peut créer avec les écrans (montage photo, etc.). Ainsi, l'enfant aura une utilisation active des écrans. N'hésitez pas à parler du droit à l'image et de la notion d'intimité.
• A partir de 9 ans : "apprenons-lui à se protéger et à protéger ses échanges"
Il est toujours recommandé de discuter avec votre enfant de ce qu'il voit sur les écrans afin qu'il ne soit pas passif dans son utilisation et dans le but de prévenir de certains dangers. Votre enfant peut commencer à être initier à internet. Cependant, il est important de contrôler la manière dont votre enfant utilise le web, pour cela vous pouvez vous renseigner sur les contrôles parentaux qui existe sur internet et les paramètres de confidentialité. Egalement, gardez à l'esprit (et expliquez-le à votre enfant) qu'internet peut représenter un danger. Comme le dit le gouvernement : "expliquez-lui les dangers d’Internet en insistant notamment sur le fait que tout ce qui est mis sur le web peut tomber dans le domaine public, ne peut pas être effacé et n’est pas nécessairement vrai.".
Veillez à toujours contrôler le temps d'écran de votre enfant, tout en lui laissant (si vous le souhaitez) la possibilité de répartir en autonomie ce temps que vous lui accordez. Pour cela, vous pouvez établir ensemble un calendrier ou un carnet d'écrans sur lequel vous répartissez les temps d'écrans autorisés. Egalement, gardez à l'esprit que les temps sans écrans doivent être plus nombreux.
Le conseil des experts : "Par précaution, retardons le plus longtemps possible le moment d’acheter un téléphone mobile à notre enfant, préférons un appareil aux fonctions limitées – téléphone à clapet sans Internet ni écran tactile -, et installons une application qui limite le temps qu’il peut passer dessus."
• A partir de 12 ans : "Restons disponibles"
Votre enfant peut vouloir s'inscrire sur les réseaux sociaux. Attention, demandez-vous quel est le but, quelle utilisation en fera-t-il et informez-le sur les dangers qu'ils comportent. Soyez prudents quant aux paramètres de confidentialité (favorisez le mode privé). Gardez à l'esprit que même si les réseaux sociaux paraissent être des plateformes d'échanges et de liens sociaux, ces liens seront bénéfiques dans la mesure où ils sont maintenus et renforcés par des liens dans la réalité.
Le conseil des experts : "Incitons nos ados à utiliser leurs appareils technologiques de manière ciblée, pour des activités précises et non par ennui, et à ne pas manger devant les écrans."
2. Utiliser les écrans au quotidien : les moments de la journée à éviter
Une de mes collègues m'avait énoncé la phrase suivante pour savoir si le moment était approprié pour regarder les écrans : "est-ce que je ferais de la pâte à modelé à ce moment-là ?"
Par exemple :
Dès mon réveil, est-ce que je ferais de la pâte à modelé ?
Pendant mon repas, est-ce que je ferais de la pâte à modelé ?
Est-ce que je ferais de la pâte à modelé en même temps qu'une autre activité ?
Est-ce que juste avant de dormir, dans mon lit je ferais de la pâte à modelé ?
En règle général, la réponse à ces questions est « non ».
Voici les moments de la journée durant lesquels il est préférable d’éviter les écrans (pour petits et grands) :
• Il est préférable d'éviter les écrans au réveil et juste avant d'aller à l'école, votre enfant va produire des ondes de sommeil ce qui ne lui permettra pas de se concentrer correctement pour le reste de la journée.
• Lors des repas il vaut mieux les éviter également, l'enfant va être obnubiler par l'écran et n'aura même pas conscience de ce qu'il mange (gout, texture, sensations, etc.). Être conscient lorsqu'on mange permet au cerveau de mieux assimiler l'information et donc de pouvoir ressentir un sentiment de satiété.
• Lors d'une activité évitez d'allumer un écran en même temps. En effet, la distraction sera trop forte et comme je l'ai expliqué plus haut, l'enfant aura des difficultés à focaliser son attention sur l'activité réalisée.
• Avant de se coucher (sieste ou le soir), je l'ai expliqué précédemment mais les écrans comportent une lumière bleue qui empêche le cerveau de produire l'hormone du sommeil. Alors, il est inutile d'avoir des écrans dans les chambres. Il est préférable de favoriser un rituel d'endormissement sans écrans (histoire, câlins, jeu calme, etc.)
Le but de mon article n'est pas de vous plomber le moral, de vous culpabiliser ou d'avoir un discours moralisateur. Car après avoir lu tout ça vous vous direz peut-être "En fait on ne peut rien faire avec les écrans si on a un enfant.". Si vous vous sentez contrarié, frustré ou dérangé par le fait que les écrans soient mauvais pour l'enfant et que cela vous demanderait de changer votre fonctionnement et rapport aux écrans, je vous invite à interroger ces sentiments. Je repose la question, quelle place ont les écrans dans votre foyer, et plus largement dans votre vie ? Pourquoi est-ce si important pour vous ? Pourquoi changer de mode de vie vis-à-vis des écrans est-il si dérangeant ?
Gardez à l'esprit que au plus vous passez de temps sur vos écrans, au moins vous bénéficiez de temps de partage avec ceux que vous aimez.
Yorumlar