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Diversification alimentaire, galère ou plaisir ?


La diversification alimentaire est souvent la période de l’alimentation où, en tant que parent, on se pose le plus de questions autant sur la démarche elle-même que sur les valeurs que nous voulons transmettre à notre enfant.


Par quoi je commence ? Quelle quantité ? Petits pots ou fait maison ? Fait maison bio ou non ? Et s’il n’aime pas ? Et s’il manque de certains nutriments ?


Voici un décryptage pour se décontracter pendant cette étape et réussir à transmettre à son tout petit le plaisir de manger.


Par définition, la diversification c’est de :


“Passer de l’alimentation liquide lactée exclusive du nourrisson à l’alimentation variée solide d’un enfant »

La période de diversification est considérée comme terminée lorsque l’enfant consomme les repas de la table familiale sans modification de texture ni de choix d’aliments (et en quantité adaptée à son âge !). Idéalement cette période intervient vers 12-15 mois.


Les deux grandes étapes dans la diversification alimentaire


ETAPE 1 : LE PASSAGE DU BIBERON À LA CUILLÈRE


Cette première phase commence en général à la fin du 4ème mois et il est préférable de ne pas la commencer après 6 mois car le lait maternel ou artificiel exclusif ne suffit plus après cet âge (necessité d’apporter du fer, des acides gras essentiels, des fibres).


Le bébé va découvrir deux choses essentielles : le contact d’une cuillère dans la bouche et de nouveaux goûts plutôt inhabituels.Au tout début de la diversification, ce n’est pas l’apport nutritionnel qui est important mais plutôt ces deux apprentissages donc inutile de se focaliser sur les quantités.


En pratique, on commence par quelques cuillères à café de légumes vapeur bien mixés en purée fine sans sel. Il y aura peut-être des mimiques de surprise ou de rejet, ce n’est pas grave, c’est un apprentissage.

Au début l’enfant va téter la cuillère comme il tète le sein ou le biberon, petit à petit il apprendra à manger à la cuillère c’est à dire à déglutir indépendamment de la succion.

Il est possible, et même recommandé, de varier le plus possible les légumes afin de favoriser l’éveil aux goûts et prévenir les allergies.

Si l’enfant est affamé au moment du repas, on peut tout à fait commencer par le lait et on lui donne quelques cuillères de légumes au milieu ou à la fin du repas. Si au contraire, il est calme, on peut tenter de commencer par les légumes avant le biberon ou la tétée.


Au fil des semaines, il prend de plus en plus de cuillères jusqu’à l’équivalent d’un petit pot 1er âge (inutile de peser, s’assurer simplement qu’il ait encore suffisamment faim pour le lait).


Vers 5 mois et demi, on ajoute des féculents : pommes de terre, patate douce, floraline, semoule fine toujours avec un complément de lait. Puis vers 6 mois on peut introduire des protéines (viandes, poisson ou œuf), 10g par année (soit 10g jusqu’à 12 mois puis 20g à 2 ans etc..) bien cuits et finement mixés.

A ce moment-là, le bébé mange probablement déjà bien et il peut sur un repas prendre un plat complet composé de viande, légumes, féculents. On y ajoute toujours de la matière grasse crue (alterner entre le beurre, l’huile de colza et l’huile d’olive). Dans ce cas, le complément de lait n’est pas nécessaire. En dessert, s’il a encore faim, proposer des fruits mixés crus ou cuits et sans sucre ajouté.


Tous les légumes, fruits, protéines peuvent être introduits en respectant les quelques principes suivants :

- Les cuire en y ajoutant le moins de sel possible.

- Ne pas donner de viande ou de poisson crus, d’œuf insuffisamment cuit.

- Ne pas donner de crustacés ou mollusques (crevettes, moules, coquillages…).

- Éviter tout apport de sucre quel qu’il soit dans les desserts et les boissons.

- Varier le plus possible et pour cela on peut facilement prélever un peu de légumes, de viande ou de poisson de son propre repas familial (peu salé et sans friture ni sauce cuite) pour le mixer au bébé.


Par ailleurs dans les dernières études épidémiologiques européennes, il est démontré que plus la variété d’aliments présentée à l’enfant entre 5 et 10 mois était importante, et plus la prévalence des allergies était diminuée ainsi que les épisodes de néophobies alimentaires.

Ainsi, en dehors de contrainte de texture et/ou de tolérance digestive, quasiment tous les aliments peuvent être introduits pendant cette période.

Et notamment, il est recommandé d’introduire sans tarder les produits laitiers, les œufs, l’arachide qui sont des allergènes majeurs que l’enfant soit ou non à risque d’allergie du fait de ses antécédents familiaux.


Que faire si l’enfant a du mal a s’adapter à cette étape ?


En premier lieu, se rappeler que ce n’est pas une étape qui impacte ses apports nutritionnels, il trouve tout ce dont il a besoin dans le lait.

Si c’est le contact avec la cuillère qui le gêne, il existe des cuillères toutes douces adaptées. Il est possible également de donner chaque jour une ou deux cuillères seulement pour qu’il se familiarise en douceur.

Si c’est le goût de certains légumes, c’est un peu normal d’être surpris. Certains légumes sont plus “doux” pour démarrer : la carotte, la courge, la courgette, la betterave.


L’enfant formera son goût progressivement au fil des années, il ne faut pas penser qu’il n’aimera jamais tel ou tel légume s’il fait la grimace au début de la diversification. Il faut simplement lui re-proposer de nouveau quelques jours plus tard.


Rappelez-vous que le repas doit rester un moment de plaisir, il n’y a pas d’autres enjeux donc on est heureux de faire découvrir à son enfant de nouveaux aliments, on sourit.

ETAPE 2 : APPRENDRE À MANGER COMME UN GRAND


Pour cette phase, l’enfant a déjà l’habitude de la cuillère, il a quelques dents ou des gencives bien dures, il commence à se tenir assis et porte à la bouche ce qu’il attrape avec les mains.

Il a les compétences pour manger moins lisse, d’abord mou ou écrasé puis en morceaux.


Ces nouvelles textures lui apporteront plus de goûts dans les plats, mais permettront aussi un renforcement des muscles de la bouche et des joues, nécessaire à l’implantation des futures dents ainsi qu’au développement du langage. Pour toutes ces raisons, l’introduction d’aliments non lisses est recommandée à partir de 8 mois et pas après 10 mois en adaptant la taille et la dureté des morceaux aux capacités orales de chaque enfant.


Cette phase est très souvent source d’angoisses pour les parents par rapport au risque de fausse route. Cependant, en dehors de pathologies spécifiques, la grande majorité des petits enfants sont parfaitement équipés neurologiquement pour apprendre à manger des morceaux.


D’un point de vue technique le bébé qui jusque-là avalait directement la purée lisse qui lui était donné à la cuillère, doit maintenant apprendre à mâcher. C’est à dire qu’il doit passer les aliments qu’il a dans la bouche d’un côté à l’autre de sa mâchoire afin de les broyer.

C’est pour cela qu’il faut éviter de mélanger des petits morceaux dans une base lisse car cela donne une fausse l’information. Un adulte peut le gérer facilement, un jeune enfant non.

On choisira plutôt de donner soit du lisse, un yaourt, une compote par exemple, soit des morceaux, légumes, pain, fruits.

Et pour que ce soit encore plus facile pour l’enfant, des morceaux suffisamment gros pour qu’il puisse les attraper tout seul et suffisamment fondants pour qu’il puisse les mâcher facilement : légumes bien cuits, fruits bien mûrs, quignon de pain…

Chaque bébé a son rythme, inutile de comparer, certains seront prêts à 8 mois, d’autres à 10, mais gardez toujours la possibilité d’essayer.

On peut par exemple lui donner son repas habituel mixé et finir avec un quignon de pain ou un morceau de fruit, le bébé assis avec les adultes qui mangent à côté de lui, ou bien lui faire essayer un morceau de légume du repas familial.

Quand on remarque qu’il sait comment faire pour mâcher, c’est à dire passer les aliments d’un coté à l’autre de la mâchoire, alors il est prêt.


Pour rappel : ne pas donner de fruits à coque, de petits aliments ronds non coupés (raisins, tomates cerises, olives, pois chiches), de bonbons et de morceaux trop durs.


Et si on a peur des fausses routes ?


Cette peur est présente chez beaucoup de parents, néanmoins il est important de ne pas retarder la diversification des textures car plus on attend et plus l‘enfant aura du mal à manger les morceaux.


Tout d’abord, il est important d’observer son enfant quand il mange : s’il prend son temps, fait circuler les morceaux dans sa bouche avant de les avaler, c’est qu’il maîtrise le geste.

On peut commencer par des aliments qui peuvent facilement s’écraser : banane, fromages, morceaux de courgettes ou de carottes, fleurettes de chou-fleur ou de brocolis cuit etc… Plutôt que de donner à manger au bébé, il peut être bien de le laisser prendre lui-même ce qu’il veut mettre dans sa bouche en posant devant lui différents morceaux d’aliments. Un réflexe nauséeux peut arriver si le bébé a dégluti un peu vite, c’est bon signe car cela signifie que l’enfant gère l’arrivée des aliments au fond de la gorge. Malgré son caractère impressionnant, essayez de le laisser faire seul. Il apprendra ainsi petit à petit à manger à son rythme et à bien mâcher.


Dans le cas où l’on a très peur des fausses routes et qu’on ne parvient pas à être suffisamment serein(e) au moment du repas, on peut passer la main à un autre adulte jusqu’à ce que l’enfant soit vraiment à l’aise. Cela évite de transmettre ses peurs à l’enfant.


La D.M.E (Diversification Menée par l’Enfant) c'est quoi ?

C’est une méthode d'introduction de la nourriture chez les bébés, qui consiste à laisser le bébé découvrir et manger seul les aliments avec les doigts.

L'une des caractéristiques qui différencie la DME d'une alimentation traditionnelle, c'est que l'on va proposer à son bébé d'ingérer des aliments solides sous forme de morceaux, contrairement aux purées.


En pratique, on propose à l’enfant un grand nombre d’aliments différents (légumes, fruits, viandes, céréales…) uniquement en morceaux. Il choisira lui-même ce qu’il va décider de prendre.

Il est impératif que l’enfant tienne assis seul, maîtrise les mouvements de sa tête et attrape correctement les morceaux et donc pas avant 6 mois pour la plupart des enfants.

Cette méthode n’est évidemment pas adaptée pour des enfants qui auraient des pathologies autour de la zone ORL.


Ce qui est important à savoir pour mettre en place cette méthode :


- Elle demande beaucoup de lâcher-prise car il y aura forcément des frayeurs avec les morceaux qui pourront arriver un peu vite au fond de la gorge. Du lâcher-prise aussi par rapport à la quantité consommée. Au début, il y a souvent plus d’aliments au sol que dans la bouche.

- Pour les adeptes de la propreté, la DME risque de vous mettre à l’épreuve avec d’innombrables morceaux par terre, sur le visage et les cheveux de votre enfant.

- Enfin, laisser manger seul votre enfant prend du temps car il a besoin de toucher, de malaxer avant de porter à la bouche.



Quel que soit la méthode choisie, dans la grande majorité des cas, vers 12 – 15 mois, l’enfant mange ses deux repas principaux en texture normale, comme un grand et c’est le moment de l’inviter à partager le repas avec vous en préparant des plats identiques pour toute la famille et que chacun consommera en quantité adaptée à sa taille (comme dans l’histoire de Boucle d’Or).


La diversification est terminée, l’apprentissage de la gastronomie peut commencer !



Article écrit par Christèle TIBERGE,

Dieteticienne en petite enfance


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Psychologue clinicienne du développement spécialisée dans l'enfance et la parentalité.

13 rue Mariaud 13016 Marseille.

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